L’indéterminé

L’indéterminé me nerf.
Tendu par les fils du front, mon pantalon fond dans la poussière.
Nous sommes pauvres et le sommes profond.
J’aimerais me tailler, changer d’horizons, voir d’autres plafonds moins blafards et pédaler dans le vent.
Mon pantalon serre à la taille.
Mes babouches sont vieilles et sales.
Il me reste que haine et rage pour raison social !
Le chômage broie et noie sans raisons.
J’en ai marre de vous, d’eux, de nous, de tout.
Un oiseau chante à ma fenêtre j’ai envie de lui foutre une balle !
Ça me casse les couilles de devoir sortir et de savoir que tout sera pareil, sans surprises, que de la routine, des overdoses de routines.
Le torse me démange et j’ai envie de frapper quelqu’un en plein visage.
Lui péter ses dents, son nez, l’achever à coups de pieds au sol.

– Fermez vos putes de sales gueules !

nudité

Mon cœur se fend, vite ! Où me cacher ?! De la honte de ne pas être authentique.
Dans le sol ? Dans les murs ? Mais les portes sont fermées.
Les noirs d’Afrique disent :
-Tu es noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur, t’es un traite !
Merde !
Et les blancs d’Europe disent :
-T’es noir t’es pas des nôtres, dégage !
Merde !
Je me retrouve dans la rue comme une pute dénudée qu’aucun homme ne veut épouser, mais que tous veulent baiser !
Vite ! Cacher ma dénudée !
De tous, seuls les blancs sud-africains me comprendrons : d’être haïs où je suis né et où j’aurais dû naitre.

Solitude

Terre ensemble rond) je ensemble seul) gris) cuit) sans cris) l’eau monte) les vagues taisent) sombres!) profondes) terrifiantes ) silence du déluge m’entourant) étendue liquide) crête de montagne émergée) dernier refuge) et l’eau qui monte!) sans issues ! ) des cercles mouvants vaguant dans toutes les directions) qu’elles me brisent ! ) me noient ! ) mes incontinences sanguines).

Nouveau géant

Des barreaux d’ataxie ou elle dormait paisiblement comme une lionne rompue et domptée, le baveur d’acide et la nympho d’échafauds ont failli extraire sa démente frénésie.

La nympho d’échafaud ce soir vint lui narrer que le baveur d’acide avait bavé beaucoup d’acide sur son dos ; le baveur d’acide, vous savez qui, son ennemi le plus intime qui trimbale son intestin en guise de nœud coulant.

Dans un passé récent, il se serait étranglé ou les aurait fusillé, intéressé de ce que les autres pouvaient penser de lui. Mais dorénavant il les observe stoïquement du haut de sa tour d’indifférence, loin en dessous, là-bas, s’entre déchirer.

Brule Marianne

Elle est allongée sur le sol, aux pieds des tours, les uns l’observent, les autres l’ignorent.

– Des réceptacles des gaz d’échappements. Voilà ce que sont au mieux pour eux nos poumons.
Tousse l’un.
– Engraissés au chômage ! C’est la peine minimum qu’ils nous branlent.
Gémit un autre.
– Faudrait leur faire la guerre ! Les lyncher ! Les étrangler ! Les incendier !
Menace un dernier.

Mais elle, elle demeure sagement silencieuse au milieu du drapeau tricolore bien blanc. La carcasse cramée de notre avenir.