Le muet

Les épines s’enfoncent dans la plante des pieds sans crier gare; ça croise la peau, la viole, éjacule dans la chair et se met à chanter la douleur d’une mélodie lascive qu’on ne peut s’empêcher d’écouter même si elle perfore les tympans… Te souviens-tu, je t’avais embrassé fugitivement la peau douce sur ta tiède joue, puis j’avais pris mon pied à mon cou, et toi, t’avais continuée à me chercher dans la foule et dans le rang des garçons au garde à vous… T’avais dû pensé, quel insolent!…en effet, lors de ce coït entre mes lèvres lippues et ta peau nue, le temps s’était suspendu et je t’avais vu et t’avais ressenti frileuse, tremblante, surprise, désespérée de rechercher dans la cour de récré ce voleur qui t’avait arraché un baiser… Ha! Quelle joie d’avoir pu réussir mon coup! À moindre frais ni vu ni connu ni entendu…et pourtant atteinte! Et de qu’elle manière! D’aucun ne s’était aperçu de rien…lorsque je t’avais vu au milieu de tes copines entourée par le brouhaha d’écoliers, je m’étais approché lentement, m’étais creusé un passage entre les corps, avais dégainé, avais tiré et m’étais aussitôt retiré dans mon prépuce tel une flèche d’arc qu’on étire et comme un vit s’attendrissant… Et t’avais réagis, toute haletante de spasmes orgasmiques, hum, comme j’aurais aimé te fourrer là surplace, toute transpirante de phéromones, fleur juteuse hors de la porté de mes doigts…et tu t’étais retournée déçus, sans ta dose d’amour et de sexe, et moi ce soir là chez moi je m’étais branlé sans ta bouche et tes fesses comme un bougre… Driink! Avait hurlé toute tremblotante la sonnerie de la récré; la méchante maitresse était arrivée, et toute secouée d’autorité avait ordonné d’entrer en classe… Et on avait lu, écrit, récité, sous la pression, et moi, je t’avais regardé, t’avais l’air à cet instant de t’en battre les couilles; j’avais eu envie de te parler, de t’écrire un mot, mais la méchante maitresse avait les yeux partout et frappait musclée! SILENCE! Gueulait-elle au moindre chuchotement d’aile de mouche…SILENCE, silence, silence, ça avait résonné dans ma tête toute la suite de l’année, silence jusque dans l’adolescence, silence jusque dans l’âge adulte, silence jusque dans la retraite, j’avais jamais brisé silence, silence avait coulé l’eau, bougé les plaques tectoniques, et m’avait séparé de toi comme la dérive des continents… J’étais arrivé en Europe tout ambitieux, en guerrier de fortune, revanchard et prêt à lancer mille offensives; j’avais voulu faire vite, pédaler à fond, avaler du terrain à grande vitesse, m’exfiltrer du peloton en cycliste dopé; mais je m’étais trompé, y’avait pas de boulevard, tout était balisé et cloisonné; des troncs dans les jantes me firent chuter; me j’suis retrouvé par terre, et le temps d’observer mes blessures la course était terminée… Pourtant j’exploserais milliards de jours pour revenir en arrière, sortir du rang et te répondre dans les yeux; peut être que ça aurait changé ma life, peut être ça aurait été mieux ou pire, j’en sais rien, sais juste que j’suis vieux et rassasié des jours immangeables….le silence…les années…mon sang dans le temps…j’ai pas eu le choix, j’en avais même pas pour moi, il faillait courir, courir, courir et toujours courir pour courir et encore courir…me suis trompé de course Belinga; t’es la bas, j’suis ici, tu m’attends encore peut être à l’ombre du manguier géant dans la cour de récré avec ton sourire juvénile, t’es peut être encloquée par un couillon qui te bat, t’attends peut être des jumeaux, ou t’as déjà semé toute une couvée d’adultes, que sais je moi… Et ils disent que t’es morte, ils se foutent de qui, laisse les doigter l’œil…je n’en sais rien, on se reverra jamais peut être, tu la liras peut être jamais, je l’ai écris sans vouloir, en flottant un peu, sur un air sans ailes, perdu au milieu d’un nid de kangourou, c’est là, loin, le soir, tellement loin de nous, mais qu’est tu veux, le jour de mon retour au pays, l’épine de ton absence me pinera le pied.