DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA RIVE

Avant propos.

…parmi tout ce beau monde profitant de la douceur qu’offre le climat de ce petit paradis solaire sur terre et des belles vues dorées des plages, une catégorie de personnes se dégage du lot; pourtant, cette catégorie est la moins visible de la ville, préférant la nuit au jour, vivant dans la clandestinité et dans le dénuement le plus complet, constituée d’aventuriers qui ont tout misés sur Agadir la reine, Agadir la maritime, Agadir la solaire, fixent l’onde bleu en furie non pas pour se divertir ou pour faire bronzette, mais fixent cet horizon atlantique jouxtant celui méditerranéen, en rêvant un jour d’être, de l’autre côté de la rive…

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Souleymane Diakité le malien ne savait pas qui de lui, de Seko le Sénégalais, et de Rodrigue le camerounais, reviendrait vivant du rendez-vous où ils se rendaient. L’angoisse comme un oiseau de mauvais augure picorait ses triples lorsque qu’il alluma une cigarette pour essayer d’atténuer son stresse. L’odeur du tabac brulé ne tarda pas à envahir l’habitacle de la Clio que conduisait Rodrigue, pendant que Seko, assis à côté lui tapotait ses cuisses pour maitriser son appréhension.
Souleymane était âgé d’une vingtaine année comme ses trois compagnons qu’il considérait comme ses frères. Durant les trois dernières années, ils avaient vécu ensemble, et travaillé à l’organisation de ce rendez-vous qui devait soit leur couter la vie, soit les permettre d’accomplir le rêve qu’ils étaient venus chercher au Maroc.
À 17h, le véhicule entra dans le quartier Illigh situé à l’Est d’Agadir; du ciel, on pouvait apercevoir les toits en formes de rectangle des villas.
Le rythme cardiaque de Souleymane s’accéléra quand il reconnut au loin la splendide villa blanche dans laquelle ils avaient rendez-vous.

****

Mr Abderrahmane discutait dans son bureau en vidéo conférence avec Mr Sneider, sur le prix de la prochaine tonne de cannabis qu’il livrerait à ce dernier résidant aux Pays-Bas.
Quand les deux hommes d’affaires tombèrent enfin d’accord, le marocain poussa un soupir de soulagement qui arracha un sourire à son homologue néerlandais.
Après s’être dit au revoir, les deux hommes se déconnectèrent d’internet et Mr Abderrahmane s’adossa de tout son poids sur sa chaise en bois d’acajou. Un ordinateur portable reposait sur le bureau en bois précieux, à côté d’un téléphone et d’un amas de classeurs et de blocs notes. Sur le mur situé dans le dos de l’homme d’affaire, était accroché la tête d’un lion à la gueule béante.
Âgé d’un demie siècle, Mr Abderrahmane s’était construit un véritable empire en une vingtaine d’année sur lequel il régnait; il alimentait toute sa ville en stupéfiants comme une bonne partie de l’Europe, grâce à sa possession d’un vaste domaine situées dans le sud du Pays qui servait à la culture du cannabis.
Le corps trapu, le visage toujours grave, il était un homme ambitieux qui avait réussit à force de travail et qui menait une vie opulente.
Il regarda sa montre en or et se réjouit de l’approche du rendez-vous avec un migrant dealer qui devait lui faire gagner l’affaire du siècle.
Si le migrant s’était foutu de lui et comptait l’entourlouper, il le ferait démembrer vivant lui et ses amis, puis ferait en sorte que leurs morceaux disparaissent dans le ventre des requins.

*

La Clio entra et se gara dans la villa de Mr Abderrahmane. Souleymane sortit du véhicule en tenant dans sa main un petit sac en cuir, noir.
« Salam Malekoum! », bredouilla t-il anxieux quand il serra la main d’un garde armé. Il monta les marches menant dans la villa, frappa à la porte, puis disparut comme happé derrière elle.

*

Seko surveillait discrètement les gardes en armes. Originaire du Sénégal d’où il était sorti pour rejoindre l’Europe, il avait atterrit à Zanzibar où on l’avait refoulé vers son pays natal, avant qu’il ne rejoigne le Maroc par voie terrestre. Mais le Maroc lui aussi était une impasse et les années qui s’étaient écoulées sans qu’il ne parvienne à traverser lui avaient laissé un goût amer dans la bouche qu’accentuaient les plages d’Agadir chaque fois qu’il les regardait.
À côté de Seko, Rodrigue observait les gardes d’un œil plus nerveux; il était camerounais et ça faisait six longues années qu’il tentait en vain de rejoindre l’Europe. Il attendait avec appréhension le signal que donnerait Souleymane comme le début d’une épopée qu’ils devaient accomplir.
À la droite de la Clio, deux mécaniciens s’affairaient sur une Ferrari qui était entré en collusion avec un poids lourd.
Devant la Clio, un garde était assis sur les escaliers et subissait les dernières ardeurs du soleil, pendant qu’une kalachnikov reposait le long de ses cuisses.
Tout prêt d’eux, le garde qui avait serré la main à Souleymane ne les quittait pas des yeux et caressait son arme, une M16 remplie de balles.
Quant au garde à l’extérieur, celui qui veillait sur la barrière de la villa, il tenait à la main une matraque et portait une sacoche militaire dans laquelle il y’avait une arme.
« C’est du suicide! », pensa Seko alors que ses intestins étaient liquifiés par la peur, et qu’il se demandait comment ils feraient tous les trois pour se tirer de la gueule du loup dans laquelle ils s’étaient jetés.

*

-Elle est bien là? Demanda Mr Abderrahmane, assis sur un fauteuil rouge et regardant Souleymane avec suspicion, comme pour lire tout signe de mensonge sur son visage. « …dix milles euros le kilo de coc!…C’est impossible!…Quand même! », s’était-il exclamé lorsque Souleymane lui avait dit connaitre des nigérians, qui voulaient écouler une grande quantité de cocaïne provenant d’un bateau colombien échoué sur les côtes d’un village guinéen, que les membres du gang nigérian qui résidaient à Agadir avait des contacts dans le village, qu’ils cherchaient quelqu’un de friqué et de sûr pour écouler cette manne venue des eaux, et enfin que lui Souleymane avait tout de suite pensé à lui pour cette affaire.
Avant de prendre tout engagement, Mr Abderrahmane avait exigé d’évaluer la qualité de la marchandise pour d’éviter toute mauvaise surprise.
Maintenant, Souleymane se tenait devant lui avec un échantillon de l’affaire du siècle qu’il ne pouvait rater; un kilo de cocaïne était estimé à 45000 euros; si elle venait de Colombie elle devait être pure et pouvait être coupée plusieurs fois de suite, à 10000 euros le kilo, il ferait une marge considérable avec l’or blanc de ce paquebot, autant s’accaparer de cette cargaison avant que les nigérians ne trouvent d’autres clients ou ne retrouvent la raison. Il n’allait plus tarder à savoir s’il pouvait continuer à faire confiance à Souleymane, ou si au contraire, il devait le faire exécuter.
-Oui-oui! Elle est là et bien au chaud! Répondit Souleymane, s’efforçant de ne rien faire paraitre de l’angoisse qui bloquait sa respiration, et de la terreur que lui inspiraient les deux hommes de mains de Mr Abderrahmane qui avaient des têtes d’éventreurs, des têtes de mecs qui acceptaient volontiers un peu d’argent pour faire de vilaines besognes.
Un mécanicien fit son entré et interrompu la conversion des deux hommes en parlant en arabe; Mr Abderrahmane lui répondit, puis l’homme sortit l’air affable.
Souleymane retint son souffle.
Le luxueux salon contenait cinq personnes, le proprio des lieux au milieu de deux gorilles armés face à Souleymane, et dans un coin en retrait son fils, Akim Abderrahmane, vêtu tout en blanc et fumant une chicha dont la fumée blanchâtre s’évadant de son nez long faisait ressortir la blancheur de ses vêtements que seul une ceinture en nylon et des chaussures en cuir noirs contrastaient, le tout formant un élégant mélange d’une pureté d’ange.
-L’incapable que j’ai comme fils a bousillé la Ferrari que je lui ai acheté.
Tu passes ton temps à fumer comme un enculé de drogué!…Je suis commerçant moi, pas éleveur d’incapables! Se plaignit Mr Abderrahmane dont les yeux globuleux fixaient son fils, qui n’eut aucune réaction et continua d’humer la fumée de manière poétique.
-Tu crois que l’argent se ramasse par terre? Demanda le père en regardant son fils d’un œil méprisant et coléreux. Le jeune homme âgé de la vingtaine marmonna quelque chose en arabe, puis sortit et se dirigea à pas rapides vers les toilettes pour s’y soulager la vessie comme les oreilles du bourdonnement paternel.
-J’aurais aimé avoir un fils comme toi Souleymane,…un fils qui a la dalle! Reprit victorieux Mr Abderrahmane qui en voulait à son fils d’être mou et rêveur, alors qu’il était appelé à lui succéder dans un milieu des plus compétitif qui soit, un milieu où on ne faisait pas dans la dentelle et où il n’y’avait pas de place pour les faibles, de sorte que Mr Abderrahmane se faisait du soucie de ce qu’il adviendra de sa richesse une fois qu’elle sera dans les mains de son fils qui n’avait jamais connu la misère, encore moins les privations financières.
« Bon!…Passons aux choses sérieuses ». Dit-il en tendant le bras pour ramasser le sachet contenu dans le petit sac en cuir; il ouvrit le sac et y fourra sa main droite pour saisir le kilo de cocaïne qu’il était censé contenir. Ses doigts se saisirent alors de quelque chose de froid, quelque chose de vivant, qui injectait la mort à portée de main.
Un cri de douleur retentit soudain dans la salle, le serpent venait de mordre la main de Mr Abderrahmane qui poussa des jurons. Tout se déroula en une fraction de seconde avant qu’il ne se retrouve dans l’autre monde. Il porta sa main meurtrie à sa hanche pour dégainer son Beretta, mais Souleymane qui avait dégainé dès son hurlement pressa la détente, aussitôt, un bruit assourdissant éclata dans la pièce et une balle fracassa le front de l’homme qui s’affala sur le fauteuil mort.
Les deux gardes surpris dégainèrent à leur tour, mais deux détonations les figèrent net dans leur geste, ils s’écroulèrent par terre tel des châteaux de cartes sous l’action d’un vent désertique, inertes, chacun ayant hérité d’un trou béant dans la tête.
Pendant ce temps à l’extérieur, Rodrigue ouvrait le feu sur le garde qui tenait une mitraillette, ce dernier s’écroula le torse transpercé de deux balles, en même temps que sa mitraillette cracha une rafale sur le sol.
Une balle qui provenait de l’arme de Seko fit exploser la paume d’Adam du garde sur les escaliers, il se s’étala sur ses derniers le cou trouée pendant que le sang jaillissait du trou de sa gorge comme d’un geysers.
La vitre arrière de la Clio vola en éclat avec fracas. Les deux amis se mirent à plat ventre sous le tableau de bord pour éviter les balles du garde de la barrière.
Une balle siffla prêt de l’oreille de Rodrigue qui sortit du véhicule tête baissée en tirant vers le garde à l’aveuglette. Seko l’imita. Le garde se mit à couvert.
Quant aux deux mécaniciens, ils abandonnèrent leur tâches puis de plusieurs bonds rapides, ils se cachèrent derrière la Ferrari en espérant avoir la vie sauve.

*

Souleymane récolta la liasse de billet qui reposait sur la table. Il éplucha le cadavre de Mr Abderrahmane de sa montre, après lui avoir vidangé les poches. Il se sentait euphorique d’avoir maitrisé la situation. C’était donc ça faire la peau à des hommes, leurs meurtres étaient aussi simples que cueillir des pommes. L’angoisse qui le rongeait à l’arrivée avait laissé place à la joie et à l’excitation. Il se dirigea vers la sortie et lassa sur la table le sac qu’il avait apporté, car dernier contenait un kilo de farine et un serpent venimeux. Ils devaient maintenant déguerpir, déguerpir au vite avant que les fliques n’arrivent.

*

Akim urinait dans les chiottes lorsqu’il entendit retentir les premiers coups de feu. « J’espère que cet enfoiré crève! », espéra-t-il en pensant à son père, cet homme qui le méprisait alors qu’il était son unique héritier; si le ciel pouvait le punir de son manque de délicatesse envers son fils, il lui en serait reconnaissant, même s’il croyait que c’était impossible que son paternel se fasse assassiner dans sa propre villa. Il devait avoir fait la peau à Souleymane parce que son histoire de colombiens ne pouvait qu’être une arnaque pour escroquer son père, et ses amis à l’extérieur y passeraient aussi. Une dose d’adrénaline envahit soudain son cœur à l’idée que les trois coup de feu qui avaient résonnés une seconde avant suffisaient pour tuer son père et les deux gardes du corps postés au salon. Il pressa très fort sur sa vessie et le liquide jaunâtre s’évacua trois fois plus vite. Il dégaina son arme et se dirigea vers le salon tous sens en alertes. Des coups de feu résonnèrent à l’extérieur. Ça n’augurait rien de bon, comme tous ces hurlements d’ailleurs.
Akim avançait dans le couloir l’âme en proie au désespoir et l’arme à feu serrée par ses doigts tremblotants, lui qui n’avait jamais eu assez de courage pour ôter la vie. Il avait peur de ce qu’il imaginait au salon, et pour une fois, il pria le ciel pour qu’il protège son père, et quand Souleymane passa devant lui le cœur euphorique comme flottant sur un air de musique tragique, et lorsque leurs regards contraires se croisèrent, Akim ouvrit le feu, mais d’un bond rapide propulsé à la vitesse de croisière, Souleymane se mit à l’abris et les balles le ratèrent de peu.
Il riposta à son tour en tirant à l’aveuglette vers Akim qui se coucha par terre et évita de justesse, les deux balles qui volèrent au dessus de sa tête.
Souleymane sortit de la villa en courant vers la Clio. Il vu l’œil du garde de la barrière exploser sous l’impact d’une balle, puis se dernier s’écrouler sur le sol.
-Il reste un dans la villa!…Il faut dégager d’ici! Hurla Souleymane à ses amis qui se retournèrent.
-Il ne faut pas s’attarder, la police peut débarquer à tout moment.
-Tu les as?! Demanda Rodrigue.
-Oui je les ai!…J’ai l’argent! Répondit Souleymane pour rassurer son ami.
« laissez-moi le volant!…Je conduis mieux que vous » ordonna-t-il.
Les trois hommes s’installèrent dans la voiture. Souleymane au volant, Seko côté passager, et Rodrigue à l’arrière.
Akim fit son apparition devant la porte de la villa, mais une volée de plombs chauds accompagnée de détonations l’obligèrent à se mettre à abris.
Souleymane enclencha la marche arrière et appuya à fond sur la l’accélérateur.
La Renaud s’élança vers la barrière, la défonça, et tandis que ses phares arrière explosèrent sous l’effet du choc, elle roula sur le corps du garde mort.
Souleymane enclencha la cinquième et la voiture s’élança dans un torrent de poussières et de fumées, pendant que crissaient les pneus.

*

Akim sortit de la villa en courant; il dépassa la barrière de la villa puis enjamba le corps du garde sur lequel la voiture avait roulé avant de se retrouver dans la rue, le cœur battant, et les poumons haletants. Devant lui, la Clio s’éloignait à vive allure. Tenant la kalachnikov qu’il avait ramassé en descendant les escaliers prêt du corps du garde qui s’y était affaissé, il visa la Clio qui s’éloignait et pressa sur la détente jusqu’à ce le chargeur se vide, en espérant faire fleurir la mort dans la chair des fugitifs.

*

Telles les crépitements des gouttes de la pluie sur une tôle en aluminium, les petits projectifs en plombs s’enfonçaient dans la carrosserie en émettant des bruits métalliques.
-Merde! Je suis touché! Cria Rodrigue assis à l’arrière, alors qu’une douleur semblable à celle d’un pieux enfoncé au milieu de sa colonne vertébral le torturait, lui, qui depuis tant d’années qu’obsédaient les plages européennes se sentit bien ironique à l’idée qu’il pouvait mourir là, alors qu’ils venaient enfin de recueillir l’argent pour payer les passeurs.
-Tant mieux!…Ça fera une part en plus! Dit Seko avant de rigoler; l’adrénaline bouillant dans son corps avait fait fuir toute peur même celle de la mort en laissant place à l’euphorie d’avoir réussi à s’en tirer, et d’avoir pu berner un baron de la drogue; Rodrigue, comme il parlait ne pouvait qu’être que légèrement touché, un saut rapide chez un médecin et en deux jours il serait remis sur pied, car il en fallait beaucoup plus pour le faire trépasser, oui, il en fallait beaucoup plus pour stopper ce vétéran de l’aventure qui aimait déclarer qu’il vivrait en Europe ou qu’il mourrait en essayant.
-Tu te souviens quand on avait fait le pari de savoir qui de nous trois mourra en dernier? Demanda Seko à Souleymane qui afficha lui aussi un sourire, content que tout se soit bien déroulé et que l’oseille soit en leur possession.
-Eh bien,…Souleymane,…je crois que Rodrigue a perdu le pari! Ha! Ha! Accroche toi mon frère!…Sinon tant pis pour toi!
-Alors, bande d’enfoirés!…On se fout de la gueule du lion quand il est blessé?…Avant ce soir nous dinerons tous les trois en enfer,…sauf que je serais le dernier mes frères; dit Seko en espérant que tout se passe bien pour la suite; malgré la douleur grandissante dans sa poitrine, il était content comme ses amis et pour fêter ça il décida de les effrayer.
Le cliquetis d’un flingue que l’on charge se fit entendre. Souleymane et Rodrigue inquiets jetèrent un coup œil à l’arrière, et se rendirent compte que le sang coulait de la bouche de leur ami pendant qu’il braquait son arme à vers eux. Rodrigue éclata de rire. Il les avait bien eu ses deux poules mouillées.
-…Ha! Ha! Ha! Ha! Vous devriez voir les mines que vous faites!…Ha! Ha! Ha! Ha!… Bande d’enfoirés!…Ha! Ha! Ha! Ensuite il s’assoupit, son bras retomba brusquement sans vie, mais ne daignait abandonner l’arme; comme clou du spectacle, un filet rouge plus épais et plus vif coula de sa bouche.
Seko et Souleymane n’en revenaient pas. Leur ami venait de mourir et de passer de vie à trépas.

***

La Clio se gara devant la plage sauvage située à 5 kilomètres à l’ouest de la ville. Loin, dans l’horizon, la mer et le soleil couchant embellissaient le paysage moribond.
Souleymane tenait le corps froid de Rodrigue par les épaules et Seko par les pieds.
Ils laissèrent le macchabé tomber dans le trou qu’ils avaient creusé de leurs mains, comme dernière demeure et dernier refuge pour leur copain, puis, ils rebouchèrent ce trou en ayant le cœur lourd et le regard flou.
Souleymane alluma une cigarette et regarda l’horizon. La mer semblait s’étirer à l’infini mais se trouvait en conflit avec les ténèbres avançant sous l’œil rougeâtre et moribond du soleil qui n’allait pas tardé à se coucher.
Il se sentait coupable de la mort de Rodrigue; en laissant Akim Abderrahmane vivant et en prenant la place du conducteur, il avait conduit Rodrigue par une fatalité évitable à la mort; il ne l’avait certes pas tué de ses deux mains, mais pour lui c’était tout comme; il avait été conscient que celui se trouvant à l’arrière de la voiture après le casse aurait plus de chance d’être touché par les balles que ceux installés à l’avant; lorsqu’il avait élaboré le plan de l’arnaque, il avait pensé à tout jusqu’au moindre détail, des petites précautions à prendre, de l’heure de l’échange, des armes à utiliser et de la place de chacun de ses amis dans la voiture, de sorte que lorsqu’il décida de s’installer sur le siège du conducteur durant le trajet de retour,( durant le trajet de l’allée, il s’était installé à arrière au cas où si la police les aurait arrêtés, il aurait mieux fin ne pas connaitre ses deux hommes à l’avant et n’être qu’un auto-stoppeur) il le fit non seulement pour avoir le contrôle de la situation mais aussi à cause d’une précaution pessimiste et égoïste qui s’avéra être celle qui lui sauva la vie contre celle de Rodrigue; c’était lui qu’on aurait dû enterrer dans ce trou anonyme, et Seko prêt de le lui ne le savait pas, s’attristant sur le résultat d’une série d’évènements qu’ils ne comprenaient pas, ou du moins qu’il ne voulait ou ne pouvait comprendre, car la mort pour lui frappait sans raison, elle venait et s’imposait sans compromis.
« Encore un de plus!…Mort à des centaines de kilomètre du front »; pensa Souleymane, que Seko rejoignit au bord de la mer. Il rinça à son tour ses mains pleines de sables dans l’eau qu’une vague salée étalait sur ses chevilles.
-Tu penses qu’on réussira nous aussi un jour à traverser? Demanda Seko à son dernier ami, qui avait le regard vague et perdu dans l’horizon.
-Oui! Moi, même la mort de m’arrêtera pas. Tu peux en être sûr! Bientôt nous aussi nous serons,…de l’autre côté de la rive. Dit Souleymane alors que la pénombre remportait la guerre éphémère qu’elle menait à la mer, s’imposant dans l’air comme un flasque tableau noir.

les aventures du Bigre


Ce soir là je me sentais irrité. Par la soif.  Je sortis de mon trou à rat pour me désaltérer. Il était 2 heure du mat.  Me voilà qui me dirige vers le centre ville.  Je gare la foutue 205 devant le bar.  Le bar nommé la girouette;  pour la girouette, il porte bien son nom; ses propriétaires successifs se font descendre en moyenne tous les Trois ans; les plus malins sont à l’étranger, et les moins malins de tous croupissent en cage…

Bordel! 20 ans de ma vie derrière les barreaux des Baumettes.  Une véritable chienlit.  Deux putaines de générations sont passées et je me retrouve à la case départ.  Sans rien; avec qu’une avance pour tenir quelques mois… Je pénètre le bar.  J’y suis pas depuis une trentaine de seconde que j’entends:

« Le Bigre! La famille! Comment tu vas! ».

Qui peut bien être ce bigre qui connait mon sobriquet. Ce que je veux c’est boire un coup puis me tirer, pas qu’on m’apostrophe comme ça au singulier. Je lève les yeux.  C’est un jeune homme.  Ça ressemble pas à un Corse ça.  Mais pourtant ça me parle en patois. « Le Bigre t’es une légende à Marseille!  Incroyable sur qui je suis tombé!  Oh!  Incroyable!  La lame, Viens voir qui c’est dans le bar!».  Dit t’il en me serrant dans les bras, pourtant c’est mon tour de passer au comptoir.  Il pue la femelle.  Savait pas que les macs avaient tous virés homosexuels.  Mais il pue le frique surtout.  Y’a qu’à voir comme il est sapé le bigre.  Et ça.  Ça m’intéresse.  Je serre la patte à son pote qui a les yeux grands ouverts.  Tu parles d’une légende moi!  Je m’assois à sa table.  Il fait signe au serveur d’apporter ma consommation, il précise que c’est lui qui régale.  Dans le bar ça pue la fumée, L’alcool, le parfum des dames.  Ils y’a n’a quatre, des pas du tout thons à notre table, plus moi, lui, et un de ses lieutenants.  Quand à la musique que siffle la radio, elle est électro, truc de toxico.  Il me rappelle moi quand j’avais 2O ans.  Ambitieux voulant tout niquer.  Enculer se système jusqu’à lui fendre sa merde.   Avec un seul mot d’ordre: « Nique l’usine! vive le frique! ».  Pas facile de tenir cette distance, quand on est prolétaire.  « Alors le bigre c’était comment la taule? »; qu’il revient à la charge. Moi de réponde: « Comme si comme ça ». L’une des dames de charme me pose la question. Elle est blonde plutôt mignonne. Ça fait longtemps que je ne m’en suis pas tapé une. Retour au bercail, et déjà la trique l’étrier.  « Pourquoi on vous as surnommé le bigre? ».  Me demande t’elle de ses yeux bleus. Et le voilà de répondre: « Moi je sais le bigre! C’est parce que tu disais tout le temps le bigre! ».Et moi d’ajouter:  « ouais-ouais le bigre! », en secouant le crane, avant que tout le monde n’éclate de rire.  Ensuite on parle de tout, de rien, et de ses choses pour tuer le temps.  Et voilà pas qu’il me dit:  « Hé le bigre! Tu sais tu peux la troncher à l’œil!… Vite ici toi, fais plaisir au bigre! »;  dit t’il en agrippant l’une des dames.  Et moi de protester.  La nouvelle génération ça craint.  Aucun sens de la galanterie.  Et puis si je veux me les vider, cinq doigts et un peu de crachats ça me suffit.  20 années de sègue en taule ça vous change un homme… Et voilà qu’il me passe un peu de C.C. Je la sniffe et elle me monte direct.  « Le bigre tu sais, moi c’est Couperet, et lui là mon assoc c’est Lame »;  me dit t’il saoul pendant que j’avale un nième pastis.  Et l’autre qui me file un joint.  Mon cerveau est flingué.  Je suis flingué. Voilà pas que j’ai encore plus la trique, mais plus l’envie de le séguer.  « Hé toi là viens avec moi dans le coin! Que je me  vide les couilles! »; dit je à l’encontre de l’une des dames.  Couperet et Lame sont morts de rire.  Morts et défoncés.  J’ai tronché la jeune dame sans même regarder son visage.  Je sais même plus si j’étais couvert où pas, tellement j’étais ganare.  Après avoir tiré mon coup je revient sur la table.  J’avale à la trompette un autre verre de pâtis. Je devient chaud bouillant. Le sang bout dans mes veines. Et au Couperet de dire:

-Le Bigre, tu sais qu’à Marseille il y’a des enculés!  Des vrais enculés!  Qui veulent me piquer mon bizness! Les tafioles! Me piquer mes filles! Niquer mes filles sans payer!  C’est quoi ce manque de respect!  Je suis pas un Pd moi!  J’suis un Pd si le prochain qui me refait ça Oulla je lui crible de balles et balance son cadavre dans l’étang de Berre!  J’suis pas un Pd!  Merde!  Mon joint est tombé. dit t’il.       – Des enculés y’a n’a partout, pas qu’à Marseille minot; dit je. Lui de rajouter:

-Est- que tu marches avec moi le Bigre?  Si tu marches avec moi, y’aura plus d’enculer pour essayer de me niquer le bizness.

-Je vais réfléchir à ta proposition… oh putain!

Là, je me rend compte que j’ai oublié le client.  Je suis dans la merde il faut que je me magne.  Il est 3 heures 15 du matin. Le client sort de la boite à 3 heures 30. Il faut que je me grouille.Je sors du bar et me dirige vers la caisse; ma vue a baissé et je vois  floue. Mais je maîtrise.Soudain, je marche sur quelque chose d’imprévue, et je me viande par terre.  Mon bidon touche le sol en premier.  Et de mon ventre de s’éparpiller sur le bitume. Deux minots se mettent à rire derrière en se moquant.  « Haha! il est en empégué la tronche d’ api! ».  Je me relève;  mon sang ne fait qu’un tour, et comme un mauvais reflexe, une vieille manie qui revient, j’envoie une pêche droite dans la narine du plus proche, son nez éjacule du jus de tomate, le bigre…

en cours d’écriture nez à soigner!

La quête de Iori

yakuza kitano
1-La sorcière

Iori Kanamachi était assis au fond du bus. Ce yakuza japonais âgé de 31 ans, était pour la première fois passager dans un  bus parisien. Mesurant 1mètre 70, pour 80 kg, son visage avait des traits fins, une bouche étroite, un nez long, et des yeux en fentes qui ressemblaient à ceux d’un tigre. Physiquement, il était d’une beauté moyenne. Etant ni beau ni moche, il était baisable comme la plupart des gens. Il portait un ensemble pantalon veste noir, une chemise blanche, et des chaussures en cuir noir qui achevaient sa toilette. Les gens parlaient en français à voix haute dans le bus,  entre eux, au téléphone, sans se soucier des autres. Il les trouvaient bizarres les français. Ils parlaient trop et étaient pour la plupart impolis.

Il ouvrit son porte feuille, puis observa la photo qui s’afficha devant son regard. C’était celle de Yana et de lui. Son jolie visage brillait dans son cœur, comme le soleil dans une pleine. Ils regardaient ensemble l’objectif avec chacun un large sourire aux bout des lèvres. Il passa son pouce droit sur son image, comme pour la caresser. Elle lui manquait. Si seulement il avait su, il n’aurait jamais fait cela… Le bus entra à Clichy la garenne. Une ville limitrophe de Paris dans le 18ième, et située dans le 9-2.

On était dans l’un des département le plus riche et le plus peuplé de France. Paradoxalement, des longues tours d’HLM étaient semées dans l’agglomération, mélangées à des magasins, des boutiques, des bazars, et des restaurants exotiques. La circulation était omniprésente au centre ville. Des embouteillages se formaient régulièrement sur l’axe principale de la commune nommée le Boulevard Victor Hugo. La pollution vous donnait un rhume chronique. À cela s’ajoutait la température. Sur les trottoirs, les badauds marchaient à pas rapides, comme s’ils n’avaient pas de temps, et de temps en temps, une semelle s’éprenait d’une merde de canin faisant rougir son propriétaire.

Le bus traversa le Bd Victor Hugo et se dirigea vers les quartiers nord de la ville. Iori descendu à l’arrêt de la mairie, en tenant dans sa main droite son sac d’habits. Il se dirigea vers la  rue Monet.  Après l’avoir atteint, il composa un numéro de téléphone et attendit. Une voix féminine répondit en japonais. Il eut du plaisir d’entendre enfin une voix familière, après avoir eu les oreilles gavées par du charabia francophone, dont il ne comprenait absolument rien.

-Je suis arrivé! Dit t’il avant de raccrocher. Une quinzaine de minute plus tard, une vieille dame asiatique sorti de l’ immeuble situé au 50 rue Monet constitué de sept étages. On était dans le quartier nommé Verrier, quartier dans lequel une bonne partie des bobos de Clichy sont regroupés entre eux. La vieille dame était petite de taille,  avait les cheveux grisonnants,  et marchait le dos tordu comme soutenant sur ce dernier le poids des ans. Elle tenait dans sa main droite un bâton sur lequel elle s’appuyait. Elle ressemblait à une tortue et semblait avoir toutes les peines du monde à se déplacer. Elle alla à la rencontre de Iori.

-Salut Iori, content de voir que tu ne t’es pas dégonflé! Dit elle en souriant à l’homme qui la fixait  d’un regard impassible. Ses lèvres étaient baveuses. Elles les essuya d’un geste preste, et reprit la parole.

-Ne reste donc pas dehors, suis moi à l’intérieur! Dit la vieille dame, en le tapotant avec son bâton comme pour le faire réagir. Elle le trouvait moue. Comme perdu dans ses rêves. Si c’était comme ça qu’ étaient tous les yakuzas, celui-ci ne survivrait pas longtemps…Ils entrèrent dans l’immeuble. Traversèrent le hall. Et montèrent les escaliers jusqu’au septième étage. La petite vieille  ouvrit la porte avec toute les peines du monde, puis, tous les deux entrèrent dans sa demeure, avant que la porte ne se referme derrière Iori avec fracas.

À sa grande surprise, l’obscurité complète régnait dans la pièce. Il faisait noir et on n’y voyait rien. Cela contrastait avec la lumière du jour qui régnait à l’extérieur.

-Il ne faut pas que trop de lumière entre. Dit la vielle dame pour rassurer Iori. Les bruits des pas de la vieille femme guidaient Iori qui ne voyait rien dans l’obscurité. Il se demanda comment cette vieille folle  faisait pour vivre dans un endroit pareil. La vieille dame alluma une bougie. Le sang de Iori se glaça quand le faisceau lumineux involontairement, éclaira quelque chose accrochée au mur, que l’œil vif du yakuza perçu. Des têtes humaines. Des têtes humaines et différentes parties du corps trônaient dans la pénombre, accrochées aux murs en guise de trophées.

-Se sont ceux qui ont échoués! Dit la vieille dame dans une voix devenue glaciale. Elle regarda avec mépris les cranes malheureux qui avaient perdu leur corps, puis posa les yeux sur son invité.

-Réfléchis bien! Es tu sûr de pouvoir aller jusqu’au bout? Lui demanda-t-elle de ses yeux sinistres brillants dans la pénombre, sous la lueur jaunâtre de la bougie, et fixant Iori jusqu’au plus profond de son âme.

-Oui je le veux! Répondit le yakusa dans un ton sec, qui s’efforçait de faire abstraction du spectacle morbide l’entourant.

-Alors, que la cérémonie commence! Cria la sorcière avant de laisser éclater un ricanement lugubre, et de sortir de son fourreau, un sabre de samouraï….

en cour d’écriture, sabre à aiguiser!

Émeutiers

 

feu

feu

Déchirure ouverture du ventre

Gorge vomissant un fœtus gluant

Poignard dans l’œil sifflant d’eaux

Macchabés branlant leurs destins de monstres

Tendent le bras pour te lécher la peau

Cimetière aiguillé tel la montre

Ne vous en faites pas grouillants

« Nous s’y plongerons tous dans cette eau »

-Montres nous le chemin apôtre

Miaule une édentée à un rampant

« Petite sotte ne te retourne pas!

Réfugions nous vite dans le trépas! »